Ouenza, l’artiste prometteur du rap marocain (INTERVIEW)

RAP - En un an et six mois, Abdelazize Ouenza s’est propulsé du rang d’inconnu à celui de jeune pousse prometteuse du rap marocain. En dehors d’être une belle gueule, le natif de Casablanca arrive à...

Ouenza, l’artiste prometteur du rap marocain (INTERVIEW)
Le rappeur Ouenza s'est lancé dans le milieu de la musique en 2018.

RAP - En un an et six mois, Abdelazize Ouenza s’est propulsé du rang d’inconnu à celui de jeune pousse prometteuse du rap marocain. En dehors d’être une belle gueule, le natif de Casablanca arrive à jongler entre son travail (chef de projet à Paris), sa création et sa passion pour la musique. A 26 ans, Ouenza navigue entre le Maroc et la France.

Premier marocain à rapper en darija sur “Planète Rap” en France, mais aussi à se faire une place parmi les rappeurs les plus talentueux du moment, Ouenza nous raconte son parcours et révèle ses ambitions. 

HuffPost Maroc: Quel a été votre parcours avant de vous lancer dans la musique? 

Ouenza: J’ai eu un parcours normal. J’ai obtenu mon baccalauréat en 2011,  puis mon DUT (diplôme universitaire de technologie) à l’EST (école supérieure de technologie) à Safi. Ensuite, direction la France pour poursuivre mes études à Amiens, une petite ville estudiantine, à 1h20 de Paris, où ça bougeait pas mal. Dès que je me suis installé dans cette ville, tout le monde m’a appelé l’artiste. J’étais dans un BDE (bureau des étudiants, ndlr) et à chaque fois qu’on partait à des soirées, on me demandait de chanter quelque chose. Tous mes potes et collègues me disaient: “tu n’es pas fait pour être étudiant, tu es fait pour être une star”. 

Je n’avais pas la perspective de devenir musicien ou rappeur ou quoi que ce soit. Sauf qu’à Amiens, j’avais plus de temps libre. Alors, je me suis consacré plus à moi qu’autre chose et vu que j’étais passionné par l’art en général, j’ai commencé à faire de la photo pendant des soirées. A côté de cela, j’ai acheté une guitare et j’ai commencé à apprendre la musique, puis à réaliser des clips. Et à un certain moment, je me suis retrouvé plus dans la musique que dans autre chose. 

Quel a été le déclic, pour vous?

Autour de moi, de plus en plus de personnes me conseillaient de me lancer dans la musique. Puis, j’ai rencontré NessYou, un rappeur que je respecte beaucoup, qui m’a recommandé de me lancer dans ce domaine. Il m’a assuré que j’allais beaucoup apporter au rap marocain et à la musique. Quand quelqu’un qui connait le domaine te dit quelque chose comme ça, il ne me restait plus qu’à me jeter dans le bain, et la foule m’a bien accueilli. 

Sur le nouveau clip “Addictions” auquel vous avez participé et qui a été diffusé le 30 octobre sur les plateformes de streaming, quel message cherchez-vous à transmettre? 

Chacun a une addiction particulière, que ce soit la drogue, la musique, ou peu importe. Ce projet n’est pas le mien, le choix artistique n’est pas de moi. Usky, c’est un rappeur que je connais depuis longtemps. Là, on a travaillé sur un second projet où il a invité beaucoup de rappeurs. Dans mon passage, il a mis des filles comme étant mon addiction, parce que sur les réseaux sociaux, on me dit souvent que si j’ai percé, c’est grâce aux filles. On a essayé de montrer ce contraste sur chaque passage de chaque rappeur qui a une addiction spéciale. 

Est-ce que la chanson “Tcha Ra” en featuring avec Shayfeen, Toto, Madd et West vous a propulsé en avant?

En fait, c’était plutôt “Waves“ qui a vraiment aidé à ce que je me fasse connaître un minimum et le freestyle de La Cage. Ma toute première musique, je l’avais faite avec NessYou, j’avais juste un petit passage. Après, il y a eu la sortie de “Ouenza X3” et grâce à ça, le média La Cage m’a contacté pour faire un freestyle, après il y a eu “Tcha Ra” qui était née d’une coïncidence, après il y a eu la sortie de La Cage. Et maintenant avec la sortie de “Babe”, je suis devenu connu pour ça aussi. 

Est-ce que le hashtag #okwaitchallenge vous a donné encore plus de visibilité?

Je pense que le “ok wait challenge” c’est mon coup de buzz, ça m’a vraiment propulsé. C’était un vrai coup de pouce, puisque pour gagner presque 70.000 abonnés sur Instagram en seulement une semaine, ce n’est pas facile. C’était parti d’une bonne intention, ça a marché. Mais ça a ces inconvénients, puisque certaines personnes se disent que c’est juste ce challenge qui m’a fait connaître, et non ma musique. Mais ça m’a quand même montré. C’était une technique pour que les gens me connaissent et pour que les rappeurs me respectent. Honnêtement, tous les rappeurs qui ont participé au challenge l’ont fait dans quelque chose que j’ai lancé. Donc, il y a un certain respect qui s’est initié dans le domaine du rap.

Votre chanson “Hey Ouedi” fait-elle référence à celle de Khaled? Que représentait pour vous cette chanson?

J’ai un père qui écoutait beaucoup de musique. Il était professeur et donnait parfois des cours à des étudiants. Plus jeune, j’étais très turbulent. Ma mère disait à mon père de m’emmener avec lui. Il me laissait dans la voiture pendant qu’il donnait son cours, et il me donnait des cassettes pour que je puisse écouter de la musique en attendant qu’il finisse. Chaque fois c’était un style différent. 

Mon père écoutait beaucoup du Khaled. Pendant un été, on partait beaucoup à la piscine Miami, et ils ne faisaient que diffuser l’album de Khaled et Cheb Rizki. L’album de Khaled, c’est toute mon enfance. Je le connais par coeur jusqu’à maintenant. C’est comme s’il faisait partie de moi.

J’avais connu une période très difficile lors de mon enfance. Il y avait une phrase que j’aimais beaucoup:” Ga3 nass b zherhoum ou ana zehri en panne” (tous les gens ont de la chance sauf ma chance à moi qui est en panne, ndlr). Je la chantais tout le temps. Quand j’ai eu l’idée, j’ai envoyé un message à XCEP, pour qu’il la sample. Dans ma chanson, j’ai essayé de montrer le positif aux gens, contrairement à ce que dégageait Khaled.

Vous êtes aussi le premier Marocain à rapper en darija sur ”¨lanète Rap”. Est-ce un choix ? Vouliez-vous marquer votre passage ? 

C’est sûr et certain. C’est venu dans la période après le “ok wait challenge”. A ce moment-là, je m’étais fait clasher par beaucoup de personnes. Je n’avais jamais répondu. Mon message était justement de montrer l’union des rappeurs grâce à un seul hashtag. Ça m’avait permis de créer pleins de contacts avec d’autres rappeurs avec qui je ne parlais pas. Le but c’était d’unifier et non de diviser. 

J’ai rappé en darija sur Skyrock, parce que de un je suis marocain, de deux, je fais du rap marocain. C’est sûr que si je voulais rapper en français, peut-être que j’aurais été repéré par des gens en France. Mais, sur la scène marocaine, le plus grand rêve qu’on a, c’est de voir que le rap marocain peut s’installer à côté des Migos, des Cardi B, de pouvoir faire des featurings avec eux mais en arabe. 

Pensez-vous que vous allez continuer dans votre métier dans l’informatique ou vous lancer entièrement dans la musique ? 

Je ne me suis jamais vu continuer ma vie en tant que salarié, que ce soit dans la musique ou autre chose, même dans les choses que je fais à côté, comme le graphisme et le design. Je ne me vois pas en tant que salarié. C’est sûr et certain que je me dirigerai vers un métier libéral. Jusqu’à présent, c’est difficile parfois d’y croire car on est loin de pouvoir vivre de sa musique au Maroc. Pour moi, si la musique m’offre ce que je veux, je n’hésiterai pas à en vivre. 

Comment pourriez-vous définir votre style musical, puisqu’il est difficile à rentrer dans une case? 

A partir du moment où tu fais de l’art, si on arrive à te catégoriser, ça veut dire que tu n’es pas un artiste. Ça veut dire que tu fais quelque chose en relation avec l’art où tu restes dans ta zone de confort. Je n’ai jamais été une personne prévisible. Parfois, quand je chante, c’est vraiment ce que je ressens à l’instant T, ce que je veux transmettre. Même si c’est un morceau qui va sortir dans un an, mais je transmettrai une émotion ressentie. La manière avec laquelle je chante la musique peut être différente, ma voix peut changer. Ce n’est vraiment pas une question de mixage. C’est la manière de ressentir les choses qui fait ça. Si je veux vraiment parler d’un style particulier, je ne pourrai pas. Je fais de la musique. Les gens aiment me qualifier de rappeur, parce que je fais du rap. Mais je fais plein de choses à côté. 

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans la scène marocaine?

La première chose qui m’handicape beaucoup c’est que je ne suis pas au Maroc. On dit souvent que j’ai de la chance d’être à côté des studios, d’avoir des contacts, etc. Certes. Mais les studios ici coûtent beaucoup plus cher. Les contacts sont difficiles à nouer. Au Maroc, c’est différent, on s’entraide entre nous, on s’aime. Il suffit d’être au bon moment, au bon endroit avec un organisateur d’événement au Maroc qui va t’apprécier et qui va t’inviter après. 

Quand tu es en France, toutes les personnes qui s’intéressent à ton rap ne te perçoivent pas réellement parce qu’elles ne voient que l’image diffusée sur les réseaux, vu qu’elles sont loin. Le contact humain n’est pas là, donc on a du mal à faire confiance. C’est très handicapant. Même au niveau des showcases, je suis obligé de baisser le prix de la prestation, puisqu’il y a deux billets d’avion à prendre, l’hôtel aussi. Pour quelqu’un qui vient de commencer, si tu dis avoir besoin de billets d’avions, tu es directement catalogué comme étant arrogant. 

Le rap marocain est une culture assez nouvelle chez le public marocain. Malheureusement, les amateurs de rap n’y connaissent pas grand chose. Même dans les médias, ça se voit directement, puisque les journalistes ne te posent des questions que sur les clashs, etc. En fait, ils veulent parler du rap marocain mais ils sont limités. Contrairement aux émissions en France, ou aux Etats-Unis, où on invite un rappeur pour parler de culture, de musique, ce qu’il veut transmettre, etc. On n’a pas ça au Maroc, et c’est très handicapant.